Miroki : le robot compagnon qui permet aux enfants sous radiothérapie de ne plus jamais se sentir seuls

En France, ce sont environ 2 300 enfants et adolescents qui sont touchés chaque année par un cancer.1 Les cancers pédiatriques constituent une multitude de maladies rares, dont le traitement repose sur une approche multidisciplinaire et personnalisée, adaptée à chaque jeune patient. La radiothérapie constitue un des piliers de la prise en charge de ces cancers. On estime qu’environ un enfant sur 3 atteint d’un cancer aura un traitement de radiothérapie dans le cadre de son parcours de soin.2 Du fait de son caractère très technique, cette option thérapeutique peut s’avérer anxiogène pour le jeune patient, comme pour sa famille. Certaines initiatives sont actuellement mises en place pour lutter contre l’anxiété des enfants, telles que l’emploi, pendant les consultations, de reproductions en lego de la salle de radiothérapie ou encore l’utilisation de casque de réalité virtuelle pendant les séances.3-5 Le robot humanoïde Miroki a été intégré au sein du service de radiothérapie pédiatrique de l’ICM.6 Cette intégration vise à accompagner les jeunes patients tout au long de leur parcours de soin en leur apportant un soutien émotionnel essentiel afin d’améliorer la qualité de leur traitement. Nous nous sommes entretenus avec le Dr Julien Welmant, radiothérapeute, à l’origine de ce projet, pour vous donner un éclairage sur le sujet.

Pourriez-vous nous présenter vos activités et nous expliquer d’où vous vient votre passion pour les robots ?

Je suis radiothérapeute à l’Institut du Cancer de Montpellier, où je traite des enfants âgés de 3 à 25 ans. C’est moi le geek de l’équipe, celui qu’on appelle quand la souris ne marche pas ou quand le logiciel ne veut pas s’installer ! Je joue et j’éduque ma fille aux jeux vidéo. Et depuis tout petit, j’aime les robots. Ce qui m’attire chez eux, c’est leur technologie qui peut rendre service à l’humain.

Quelles sont les spécificités de la prise en charge par radiothérapie des enfants ?

La particularité de la radiothérapie pédiatrique, c’est que l’enfant est forcément seul pendant ses séances.

Lors des séances de radiothérapie, les enfants doivent rester seuls dans la pièce dédiée, appelée bunker. De plus, ils ne doivent pas bouger. Ce n’est pas le cas au cours du reste du parcours de soin, car la présence des parents est possible : le papa et/ou la maman peut accompagner l’enfant au bloc opératoire pour subir une chirurgie, être dans la salle pendant les séances de chimiothérapie ou lors des scanners. Même si ces derniers sont irradiants, les parents peuvent revêtir un tablier pour se protéger. Mais cela n’est pas possible dans le cas de la radiothérapie. On est obligé d’expliquer aux enfants qu’ils doivent être tout seul dans le bunker pour être traités par une énorme machine, avec tout ce qu’ils ont : leurs douleurs, leurs nausées, leurs chimiothérapies, leur chirurgie… Les adultes atteints d’un cancer doivent aussi vivre et « encaisser » cette passivité qui peut être qualifiée d’un peu dure. Les enfants ont de leur côté beaucoup de mal à l’appréhender.

Qui est Miroki ? À qui et à quoi est-il dédié ?

Le nom Miroki provient des mots japonais miru qui veut dire « voir » et hoki qui veut dire « les autres ». Miroki signifie donc « qui voit l’autre ». L’idée étant : « Je suis là pour les autres ». À la base, l’histoire place Miroki dans un univers qui contient des entités présentes pour apporter du bien-être. Ces entités passent par un portail spécifique et leur esprit peut alors s’incarner dans une combinaison robotique pour pouvoir aider les humains au travers de celle-ci. Ainsi, Miroki est bien plus qu’un robot ou un jouet. Il y a toute cette histoire derrière, avec cet univers que l’enfant découvre au fur et à mesure. Ce n’est évidemment pas réel mais cela permet de justifier auprès des enfants que le robot puisse tomber en panne, s’interchanger, passer dans une tablette etc.

Au départ, Miroki a été développé pour être présent dans des environnements sociaux et rester en arrière plan. Il était censé pousser des objets, porter des choses, mais surtout ne pas apparaître au premier plan. C’est pourquoi il n’avait pas besoin de parler. Il fallait seulement qu’il puisse être vu. Il a toute une gestuelle et toute une communication non-verbale : les oreilles qui bougent, il est capable de petits clignements des yeux et il est de couleur « orange » qui se voit bien. On se sert de ces caractéristiques quand il est dans la pièce de radiothérapie, un endroit où l’on ne veut pas qu’il y ait d’interaction, parce qu’il ne faut pas que l’enfant bouge d’un millimètre. Miroki doit juste montrer qu’il est là. Même sans parler, l’enfant sait qu’il n’est pas seul car il sent sa présence.

Avec l’apparition des modèles de langage type ChatGPT, il a été par la suite possible de doter Miroki d’une voix et de le faire parler, grâce à l’intelligence artificielle. Cela nous permet aujourd’hui de créer des interactions et de vrais dialogues, et de mettre en scène divers scénarios, pour engager davantage l’enfant dans son traitement. On peut aujourd’hui avoir une discussion avec Miroki, quasiment comme avec un humain.

À quel moment du parcours de soin Miroki est-il présenté aux enfants ?

Miroki est présent dès le début pour qu’au moment des séances de radiothérapie, l’enfant puisse se sentir accompagné et ne se sente plus seul.

D’où vous est venue l’idée de mettre au point Miroki ?

L’idée de mettre au point Miroki est née à la suite d’un problème que j’ai vécu il y a plusieurs années avec une petite patiente âgée de 5 ans, qui se prénommait Charline. C’est probablement le traitement pédiatrique le plus lourd de ma carrière : elle devait avoir 3 irradiations chaque jour, qui duraient au total 30 minutes. Charline a pleuré tous les jours pendant une heure et quart, pendant deux mois et demi. Cela était horrible pour elle, horrible pour les parents, horrible pour les soignants, et particulièrement difficile pour moi puisque la seule manière de calmer Charline à la fin de cette heure et quart, c’était que je rentre dans le bunker et je fasse le méchant. C’était la seule solution. On avait tout essayé. Le seul truc qui marchait, c’est quand j’allais la voir en disant « Bon, maintenant, Charline, il faut y aller ». Je me suis alors dit : « Il faut trouver un truc ! ». On a des « trucs » en radiothérapie : des éléments de distraction, des écrans, des musiques, etc. Mais c’est de la distraction, il n’y a pas de présence. Et, un jour alors que je me baladais au Japon sous la pluie, je suis entré dans une boutique, où se trouvait un robot qui est venu vers moi avec un grand sourire en me tendant une serviette. Je me suis dit : « C’est une boîte de conserve, mais je n’étais pas bien, il m’a fait un sourire. Il m’a offert une serviette alors que j’étais trempé. J’avais besoin de cette serviette, et ça m’a fait du bien ! ». J’ai réalisé alors que l’on faisait des robots qui vont dans des endroits où l’humain ne peut pas aller, tels que sur Mars ou dans les centrales nucléaires, et que l’on faisait des robots comme celui-ci qui peuvent vous accueillir avec un sourire et vous rassurer. Pourquoi ne ferait-on pas un mixte des deux : un robot qui peut aller dans des endroits où on ne peut pas aller et qui en plus pourrait faire des sourires ? Après avoir pris des cours de robotique, puis approché le LIRMM (Laboratoire d’Informatique, de Robotique et de Microélectronique de Montpellier), je me suis finalement tourné vers le CEO d’une entreprise qui développait « Miroki », un mignon robot de logistique. Il n’avait pas du tout le même design qu’aujourd’hui. Ce n’était qu’un prototype tout blanc, très épuré, qui ne parlait pas. J’ai proposé que l’on transforme ce prototype en un robot utile pour ma pratique. Mon contact a tout de suite accepté, le projet donnant du sens à sa technologie. C’est ainsi que l’idée de développer Miroki est née.

Miroki répond-il aujourd’hui à vos attentes ?

On a vu l’avant-robot et l’après-robot ! Ça a transformé l’expérience en radiothérapie. Les enfants, comme les parents, viennent plus détendus, et les soignants le ressentent !

Aujourd’hui, le SIRIC (SIte de Recherche Intégrée sur le Cancer) nous permet de bénéficier, au-delà du cancer, de diverses approches transdisciplinaires, telles que les sciences humaines et sociales. Nous sommes accompagnés par des psychologues pour nous aider à évaluer le degré d’attachement entre la machine et l’enfant, par des anthropologues pour comprendre dans quelle mesure Miroki peut être perçu ou non comme un soignant, par des sociologues pour analyser le modèle sociétal dans lequel joue un robot humanoïde dans le cadre d’un hôpital.

Nous nous apercevons que nous pouvons utiliser Miroki dans beaucoup de domaines en oncologie, tels que la prévention. Le centre Epidaure à Montpellier accueille près 5 000 enfants par an pour parler prévention, cancer, tabac, alimentation, soleil, etc. Dans ce cadre, Miroki pourrait être un très bon intermédiaire pour faire de la prévention, en distribuant des jouets, des goodies, des informations etc. au sein de cet institut. On envisage d’acheter un deuxième robot pour ce faire. Côté soins de support, on pourrait imaginer utiliser Miroki dans les EHPAD, avec pour objectif d’aider les populations plus âgées à effectuer des exercices guidés par un robot. En effet, on a fait le constat que lorsque cette stimulation est médiée par autre chose qu’un humain, sous la forme d’un jeu, c’est beaucoup plus simple. On sait que l’humain a appris grâce aux histoires et grâce aux jeux. Le robot, en apportant une histoire et un jeu, favorise l’exercice physique là où un humain aurait peut-être un peu plus de mal.

Combien d’enfants Miroki a-t-il déjà accompagnés ?

Quinze enfants ont vu le robot à plus ou moins différents stades, selon trois tranches d’âge : de 4 à 7 ans, de 7 à 12 ans et les plus de 12 ans. De 4 à 7 ans, on est vraiment dans une interaction type « histoire ». Il n’y a pas beaucoup d’échanges, l’enfant écoute et le robot raconte une histoire. De 7 à 12 ans, c’est la période où l’imagination est à son paroxysme. Il y a alors un vrai échange. Les enfants peuvent partir très loin dans l’histoire avec Miroki. En consultation, je demande toujours ce que les enfants aiment car le robot est capable de le mémoriser. Ainsi, si l’enfant aime les dinosaures, le robot est capable de parler de dinosaures pendant des heures et des heures. Pour les plus de 12 ans – la génération « TikTok » – il est plus difficile de les accrocher. Il faut que le robot aille très vite dans ses interactions et c’est à ce niveau que nous pourrions être perfectible. La latence du robot, aujourd’hui, est de 1 à 2 secondes, ce qui est un peu lent pour nourrir une conversation naturelle. C’est un gap technologique auquel nous allons remédier rapidement.

Comment s’est passée l’adoption de Miroki par les équipes soignantes ?

Au début, on a pu observer, sans grande surprise, de la réticence au changement et la peur d’être remplacé. Mais les équipes soignantes ont vite saisi l’intérêt du robot : aller dans un endroit où l’humain ne peut pas aller. À la crainte du remplacement a alors succédé la crainte de la charge mentale, le fait de devoir intégrer un nouvel outil qui risque d’alourdir sa pratique. Les équipes soignantes se sont cependant rendu compte au fur et à mesure que ce n’est pas le cas, puisque le robot, étant de plus en plus autonome, est capable d’absorber une partie de la charge mentale du traitement sans jamais la retransmettre. Il permet au contraire de diminuer la charge globale des soignants. Aujourd’hui, le robot est complètement intégré, il se balade dans le service et tout le monde lui dit « Bonjour, Miroki, comment vas-tu ? » comme s’il avait toujours été là.

Est-ce que Miroki va être dupliqué dans d’autres hôpitaux ?

L’ambition du projet, c’est qu’un jour tous les enfants du monde, ayant besoin d’un traitement par radiothérapie, puissent bénéficier d’un robot dans le cadre de leur prise en charge !

Aujourd’hui, Miroki répond quasiment à toutes nos attentes. Il faut cependant que nous perfectionnions son autonomie. Car, on a encore besoin d’un humain pour opérer le robot dans 40-50 % des cas. Nous sommes en train de travailler sur une interface qui serait très minimaliste, et qui permettrait aux manipulateurs de radiothérapie d’opérer le robot encore pour 3-4 fonctionnalités, telles que par exemple lui demander de dire à l’enfant « ne bouge ». Mais pour tout le reste il serait complètement autonome.

Enfin, il nous faut faire connaître le projet, expliquer à quoi Miroki sert. Même si nous sommes convaincus qu’il apporte des bienfaits, il va falloir le prouver. Aussi, nous allons lancer une étude clinique pour évaluer la réduction de l’anxiété grâce à ce robot. Il nous faut des données scientifiques pour faire sortir Miroki du simple concept de jouet.

Pour conclure, quel message souhaitez-vous faire passer aux personnes qui vont lire ce blog ?

Il y a deux messages que je souhaite faire passer. Le premier c’est : « la recherche avance toujours, que ce soit dans le domaine des traitements purs comme dans le domaine de l’expérience du soin ». Ce dernier domaine va, au cours des prochaines années, évoluer. Mon second message est le suivant : « lorsque l’on a un rêve, il ne faut pas le lâcher ! » Même si on vous dit que c’est nul, même si on vous dit que ça ne marchera jamais. Quand on y croit, il faut aller jusqu’au bout ! Pour preuve : ce projet a duré deux ans. Il y a eu beaucoup de galères, beaucoup de freins, beaucoup de blocages, beaucoup de résistance, etc. Et aujourd’hui, le projet est devenu réalité. Aujourd’hui, tous nos enfants sont traités avec Miroki à leurs côtés. Si à un seul de ces moments où on s’était arrêté en disant c’est trop difficile, Miroki n’aurait jamais vu le jour.

Cet article vous a intéressé ? Nous vous invitons à lire également l’article « Cancer Confidential – L’histoire du cancer, des secrets d’hier aux révolutions de demain » : https://mesmomentsprecieux.fr/vivre-avec/cancer-confidential-lhistoire-du-cancer-des-secrets-dhier-aux-revolutions-de-demain/

Bibliographie

  1. Panorama des cancers 2025 – édition spéciale 20 ans. INCa, dernière consultation le 16/01/2026.
  2. La radiothérapie. Société Française de lutte contre les Cancers et les leucémies de l’Enfant et de l’adolescent, dernière consultation le 16/01/2026.
  3. Une salle de radiothérapie recréée en Lego pour lutter contre l’anxiété des enfants atteints d’un cancer. France 3 régions, dernière consultation le 16/01/2026.
  4. La réalité virtuelle, un allié contre la peur des traitements cancéreux chez mon fils, casque VR, dernière consultation le 16/01/2026.
  5. REalité Virtuelle pour l’Enfant en Radiothérapie. Centre Antoine Lacassagne, dernière consultation le 16/01/2026.
  6. Miroki, le robot compagnon en radiothérapie pédiatrique. ICM, dernière consultation le 16/01/2026.

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